Musique

Rap, musique que j’aime

Alors que le hip-hop fêtait ses 44 ans récemment, on apprend dans le même temps que pour la première fois de l’histoire, le rap dépasse le rock en devenant la musique la plus écoutée aux US (d’après une étude de Nielsen Music). En France, c’est déjà le cas depuis 2015. Seulement voilà, cela fait un moment que je vois sur Twitter beaucoup de commentaires négatifs sur le rap français, et certains sont très récurrents. En voici un petit extrait :

Et au-delà de Twitter, j’entends ce même genre de propos dans mon entourage. Ce qui me surprend vraiment c’est quand on me dit que les rappeurs d’aujourd’hui écrivent des textes sans intérêt (ou « à gerber » si j’en crois certains tweets) et que le niveau a beaucoup baissé depuis l’époque d’IAM. Évidemment je ne suis pas du tout d’accord avec ça. Donc ça m’a donné envie d’en faire un article, histoire de donner mon avis, très subjectif, sur le sujet, et de mettre en avant quelques artistes dont j’apprécie la prose.

Brav – Post Scriptum

Issu du groupe Bouchées Doubles dans lequel il débute aux côtés du rappeur Tiers Monde, Brav se consacre aujourd’hui à sa carrière solo. En ce qui me concerne, je l’ai découvert avec son album ERROR 404 sorti en 2016 dans lequel on peut entendre le très bon « Post Scriptum », écrit par Brav et offert à Kery James. Ce texte, que je trouve absolument magnifique, sonne comme une mise au point avant la fin. En voici un petit extrait :

« Je me fiche bien qu’ils en rient, j’écris pas je résiste
Ni profit, ni bénéfice, j’suis qu’un bénévole lyriciste
Moi, pour que je cède, faudrait qu’je trépasse
Plante-moi dans le dos, si tu trouves encore de la place
Sous une bâche sont mes chances d’être suivi, c’est certain
En France c’est sûr qu’y’a moins de Jean Moulin que de Pétain »

 Georgio – Svetlana et Maïakovski

Georgio s’est fait connaître sur internet et c’est grâce au financement participatif qu’il sort en 2015 son premier album Bleu Noir, qui comme son nom l’indique, est plutôt sombre. Son dernier album, Héra, est bien plus positif et c’est surtout un album qui valorise la Femme, et plus particulièrement la petite amie, contrairement à l’univers du rap que l’on sait misogyne.

Dans le titre Svetlana et Maïakovski, Georgio, toujours avec cette volonté de mettre la Femme en avant, nous parle de la vie d’une prostituée russe à Paris. La musique est douce, on se laisse porter par le texte qui je trouve, se rapproche de la poésie :

« Le ciel pollué garde les étoiles pour lui elle n’a pas d’privilège
Et elle s’invente rockstar ou amour perdu de florilège
Jusqu’à c’qu’un client bâtard, lui manque de politesse
Obligée d’simuler, qu’elle aime l’étranger allongé dans son lit
Ses pensées récitent, des poèmes de Maïakovski
Tu vois comme quoi on peut s’évader d’différentes façons
Lui il baise, elle elle pense
Le corps gelé et le souffle glaçon »

Django – Oiseaux

J’ai beaucoup hésité avant de faire apparaître Django ici pour une simple et bonne raison : sa comparaison controversée avec Nekfeu. J’ai même pu lire le mot « plagiat » et ce, à plusieurs niveaux. Django a un flow étrangement similaire à celui de Nekfeu, reprend quelques unes de ses gimmick, et sa voix a une tonalité étonnamment semblable. Mais si on fait abstraction de tout cela, je trouve que les textes de Django sont dingues tant ils foisonnent de métaphores et de références notamment à la culture japonaise et au cinéma.

« Oiseaux » est le titre que je préfère. Ce texte contient tellement de références à la pop culture et au cinéma que je ne sais plus où donner de la tête. Les rimes sont riches et le flow survolté. Et pour moi le gros point fort de Django ce sont toutes ces comparaisons qui ponctuent son rap, dont voici un extrait :

« Billy n’attend pas que tu le pardonnes 
Fais une croix à côté d’mon nom comme Malcolm 
L’équilibre ne me convient pas mon ami, je me suis maintenu dans le vide comme un Falcon »

Jazzy Bazz – P-Town

J’ai découvert Jazzy Bazz dans Rap Contenders, alors qu’il rappait en duel contre Wojtek. Et là : le coup de foudre musical. Un super flow, de bonnes punchlines, une dégaine à la Commandant Cousteau et un petit cheveu sur la langue pas commun dans l’univers du rap (à part Akhenaton et Youssoupha je n’en vois pas d’autres).

Ce que j’aime chez cet artiste ce sont ses musiques posées et sa plume. Le vocabulaire est varié et recherché et les rimes bien senties. Les sons de Jazzy Bazz sont non seulement agréables à mon oreille mais il arrive à capter mon attention du début à la fin, tant ses textes sont travaillés.

Et « P-Town » en est la parfaite illustration. Chaque fin de vers se termine par un mot dont la sonorité est reprise au vers suivant mais avec un sens différent (ex: vagabondent/vagues abondent). Je trouve ça hyper malin et ça a tout de suite attiré mon attention. Petite démonstration :

« Parmi les noctambules, j’me débrouille à merveille
Mais pendant qu’on déambule, inquiètes, nos mères veillent
Bienvenue dans P-Town
C’est l’amour que j’prône, pas votre hypocrite tolérance
Dans ma 3.14 zone où j’ai connu tôt l’errance »

Lino – 12ème Lettre

Pour finir cette petite série de rappeurs français talentueux, voici le retour d’un ancien : Lino. J’ai souvent entendu « le rap c’était mieux avant ». « Avant » c’est les années 90 et le début des années 2000. Une époque que l’on considère comme l’âge d’or du rap français.

Lino, il était là « avant ». Avec Calbo, ils formaient l’excellent groupe Ärsenik que j’écoute toujours aujourd’hui. Considéré par beaucoup comme le meilleur lyriciste du rap français, son talent n’est plus à prouver. Lino était bon « avant », et il l’est encore aujourd’hui, comme nous le prouve son dernier album Requiem sorti en 2015. Pour le démontrer, j’aurais pu prendre n’importe lequel des morceaux de cet album, mais j’ai choisi « 12ème Lettre ».

Ce titre est une allitération en « L » géante. On compte pas moins de 500 occurrences de cette lettre dans ce morceau. Le « L », douzième lettre de l’alphabet, est l’initiale de Lino. Pour moi ce titre est clairement une démonstration de force, un témoignage de la puissance d’écriture du rappeur. D’ailleurs il le suggère dans son texte : « Ça claque, j’suis là pour frapper […] Attaquer, marquer l’époque et me glisser […] J’prend mes balles dans l’alphabet […] ». Personnellement, je trouve que l’exercice est plutôt réussi ! Je vous laisse juger par vous même :

« Fêlé, j’suis l’élu m’a dit l’oracle
L’électron libre, j’ai l’aura qui luit sous la lune
Lance des litres de lyrics et les livres comme les lamelles dans l’alu
Pas de larmes sous l’iris, j’ai l’allure d’un 9 millis »

Après la rapide présentation de ces quelques artistes du rap français actuel, j’espère que j’aurai réussi à intriguer les plus sceptiques sur le sujet (voir à les faire changer d’avis !). J’ai sélectionné des rappeurs dont j’affectionne le travail, et je trouve qu’il y a évidemment quelques artistes qui ne sont pas à la hauteur (selon moi) dans le rap français. Mais comme je voulais l’article positif, j’ai pris le parti de ne pas en dresser la liste. Donc pour résumer ma pensée : non, le rap français n’est pas mort ! Non, les textes ne sont pas dénués de sens et sans intérêt ! Et non, le niveau n’a pas baissé depuis l’époque d’IAM !

Je ne peux que vous inviter à me laisser en commentaire vos morceaux de rap français favoris, je me ferais un plaisir de les écouter !

PS : Avez-vous reconnu le titre de mon article ? Petit indice : c’est le nom d’un morceau de rap sorti en 1999. Et ne trichez pas !

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